Marcher entre forêt de la Matte et zones alluviales : repères, expérience et guide d’itinéraire
La forêt de la Matte, lovée dans le sud du Lot-et-Garonne, est l’un de ces petits boisements où les pas résonnent autrement lorsque l’on prend...
Rando Lot & Garonne Aventure
Certains chemins parlent à voix basse. Ils invitent plus qu’ils ne s’imposent, dévoilant leurs histoires le long d’une sente, au creux d’un vallon, ou sur un promontoire baigné de lumière. C’est le cas de la boucle des hauteurs de Saint-Amans-du-Pech, une randonnée peu connue, mais qui résonne fort pour celles et ceux qui aiment associer marche, patrimoine et paysages paisibles. À deux pas du Lot-et-Garonne, ce circuit épouse les courbes ondoyantes du Tarn-et-Garonne. Mais c’est surtout l’ancien chemin des pèlerins, réminiscence discrète du passage des « jacquets » sur la voie d’Arles vers Compostelle, qui donne à ce parcours une dimension singulière.
Dans cet article, je vous emmène sur ce sentier, entre villages perchés, traces du passé et ambiances boisées profondes. Vous retrouverez ici tout ce qui fait, à mes yeux, la richesse d’une randonnée : infos techniques fiables, conseils éprouvés, mais aussi impressions personnelles, parfums de terre et de temps.
Dès la sortie du petit bourg de Saint-Amans-du-Pech, la lumière caresse les pierres blondes des maisons, l’église résonne d’un silence paisible. On quitte assez vite le goudron, par une ancienne voie charretière, tracée entre prairies et jeunes vergers de pruniers. Par temps de printemps, les odeurs de terre mouillée, de fleurs discrètes et de buissons réveillés dominent. Le son assourdi de nos pas sur la mousse laisse la place à la vue : premiers panoramas sur les coteaux, découpés à l’infini sur un horizon de labours et de bosquets arrondis.
Quelques kilomètres suffisent pour sentir que l’on marche sur un versant chargé d’histoire. La montée vers la crête du Pech – mot occitan signifiant “hauteur” ou “colline” – offre un panorama authentique sur le sillon du Pécharmant et les gorges discrètes du ruisseau du Merlet. De là, le regard porte loin : on devine les clochers de Saint-Beauzeil et la courbe molle de l’Aveyron. L’air porte parfois le cri du milan royal (espèce protégée recensée par la LPO source : Ligue pour la Protection des Oiseaux), et le cœur s’évade en même temps que les jambes.
À mi-parcours, surprise : une croix de pierre oubliée marque l’entrée du vieux chemin des pèlerins. Terre battue, caillou roulé, vieux jalon de la foi et de l’errance. Sur ce tronçon, les traces d’anciens pavements affleurent parfois juste sous la mousse – témoignages émouvants de la ténacité des marcheurs d’autrefois.
L’antique chemin traversé ici ne fait pas partie de la grande Via Podiensis du Puy, mais bien de la Via Tolosana (voie d’Arles), majeure pour les pèlerins du sud et de l’Italie, moins connue mais tout aussi fascinante (source : Association des Amis du chemin de Saint-Jacques – Via Tolosana).
Sur cette portion entre Saint-Amans-du-Pech et Montaigu-de-Quercy, le chemin des pèlerins servait aussi de sentier muletier pour relier sanctuaires et places de marché. Au XVIIIe siècle, un relais jalonnait ce tracé, offrant pain, eau, parfois asile pour la nuit (source : Archives départementales du Tarn-et-Garonne, cote 3E145/8).
Marcher ici, c’est ressentir l’épaisseur du temps sous les pas : pierres usées, frondaisons qui murmurent, fontaine dressée à la croisée des sentes, où s’abreuvaient hommes et bêtes fatigués. Petite anecdote locale : en 1999, des habitants redécouvrirent, en défrichant une haie ancienne, une borne milliaire romaine partiellement enterrée, sur un segment de ce sentier communal – témoin discret des routes antiques que traverse encore le marcheur d’aujourd'hui.
Je recommande de consulter la météo locale sur Météo France avant de partir (les crêtes sont exposées au vent d’autan), et de bien choisir ses chaussures : s’il n’y a pas de difficultés majeures, la terre peut devenir très glissante sur les parties argileuses après la pluie (expérience vécue…).
À noter : le sentier traverse des zones riches en biodiversité (répertoriées ZNIEFF par l’INPN source : Inventaire National du Patrimoine Naturel), merci d’adopter une marche respectueuse, en particulier durant la période de nidification.
| Kilométrage | Point remarquable | Type de chemin | Conseils/Repères |
|---|---|---|---|
| 0 km | Départ : Saint-Amans-du-Pech, église | Asphalte puis chemin de terre | Parking, panneau d’informations, fontaine d’eau potable |
| 2,5 km | Pech – premier panorama | Sentier de crête, herbeux | Vues dégagées, zone exposée au vent |
| 6 km | Carrefour ancien, croix de pierre | Chemin creux à couvert | Point idéal de pause, passage vers la variante courte |
| 8,8 km | Fontaine des Pèlerins | Descente pierreuse, ombreuse | Lieu de fraîcheur ; on repars par la voie du pèlerin |
| 12,5 km | Borne milliaire, bocage à pruniers | Sente étroite en lisière | Foto stop ! Marque discrète sur pierre |
| 14,5 km | Retour village, vue sur clocher | Cheminement facile | Fermeture de la boucle, possibilité de ravitaillement au village |
Ce sentier n’a rien de spectaculaire, mais tout d’essentiel. Il offre ce que la campagne du Tarn-et-Garonne et des confins du Lot-et-Garonne possède de plus intime : vestiges à demi cachés sous les herbes, bois ranimés par la lumière du soir, éclats d’histoire mêlés aux bruissements d’ailes. Marcher ici, c’est s’autoriser à ralentir, à s’imprégner d’un pays dont les trésors, souvent modestes, ne se laissent voir qu’à celles et ceux qui savent regarder.
Si vous empruntez cette boucle, laissez vos pas se perdre un peu, prenez le temps de flâner aux carrefours, de respirer l’humus au creux du chemin des pèlerins, d’écouter à l’aube cette campagne qui, sans jamais hausser le ton, sait parler à celles et ceux qui s’y attardent.
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