L’expérience des sentiers : entre sous-bois, charbonnières et panoramas
Premiers pas – une lumière en patchwork
Le début du sentier respire la douceur des lieux tôt le matin. J’aime cette entrée en matière, lorsque les premières pentes à quitter les maisons font peu à peu place à la forêt. Ici, la lumière file entre les feuilles du printemps, en patchwork sur les fougères déjà hautes, et les oiseaux du matin rivalisent avec un geai querelleur. Sur les cinq cents premiers mètres, la sente épouse la forme d’un ancien chemin d’exploitation aux bords tapissés de pervenches et de violettes dès mars.
- À écouter : le roucoulement discret du pigeon ramier, souvent visible sur cette partie du bois.
- À observer : troncs brûlés de l’ancien feu de 1997 – témoin discret de la fragilité locale.
Chemins de charbonnières : histoire sous les frondaisons
Lorsque le chemin monte franchement vers le Bois des Châtaigniers, on distingue encore, à ceux qui savent lire le paysage, les vestiges de l’activité charbonnière. Entre le XIXe et le début du XXe siècle, Montayral accueillait en saison plusieurs familles de « charbonniers », installant ici leurs meules de bois (charbonnières) pour produire le précieux charbon alimentant forges et foyers jusqu’à Fumel, parfois Agen (source : Archives départementales du Lot-et-Garonne, fonds charbonniers, 1850-1920).
- Repère insolite : Au km 2, un cercle de terrain noirci, encore visible, où se mêlent terre, charbon fouillé par les sangliers, mousse et éclats de faïence, marque l’une des anciennes charbonnières (panneau d’interprétation installé en 2021).
- Petit défi : Saurez-vous repérer la meule reconstituée en bois mort par l’association locale « Mémoire Boisée » (info : [page Facebook Mémoire Boisée]) ?
Le sentier serpente alors, en courbe de niveau, à travers une dense chênaie mêlée de charmes, frênes et, plus rare ici mais caractéristiques des usages anciens, des châtaigniers sculptés par le recépage (technique traditionnelle d’exploitation, voir aussi ONF).
Entre panorama et intimité forestière
Vers le km 4, une trouée s’ouvre à main gauche sur la vallée du Lot. Par temps clair, la brume matinale laisse place à un large horizon, où Montayral n’est plus qu’un îlot suspendu entre forêts et rivière. On entend au loin la cloche assourdie du village, témoin des heures lentes qui rythment la vie rurale.
Après ce point de vue, le circuit plonge successivement dans deux cuvettes humides où le sentier devient plus intime. La lumière s’y fait rare, les pas s’enfoncent parfois dans une herbe épaisse, et quelques tronçons témoignent de l’humidité persistante (prévoir des chaussures imperméables par temps de pluie). Les enfants aiment y guetter tritons et salamandres, plus visibles ici qu’ailleurs dans le coin.
Sources, vie et traces animales
À mi-parcours, au détour d’un chemin large, un mince filet d’eau sourd de la roche : la source de la Borie. Certaines années, elle se réduit à quelques flaques, mais au printemps, elle nourrit tout un microcosme : traces de cerf, empreintes de renard, fouilles de sangliers, et parfois, en silence sur la berge, une couleuvre à collier.
À noter : il s’agit de l’une des anciennes sources utilisées jadis par les charbonniers, qui y buvaient ou rafraîchissaient la cendre avant transport.