Marcher entre forêt de la Matte et zones alluviales : repères, expérience et guide d’itinéraire
La forêt de la Matte, lovée dans le sud du Lot-et-Garonne, est l’un de ces petits boisements où les pas résonnent autrement lorsque l’on prend...
Rando Lot & Garonne Aventure
À l’est du Lot-et-Garonne, là où la Vallée du Lot déploie encore des bosquets secrets avant de se fondre dans les premiers contreforts du Périgord, se niche Montayral. Lorsqu’on pense à ce territoire, reviennent souvent les images des bastides proches, des vergers et des larges méandres du Lot. Mais derrière les cartes postales, il existe un autre visage : celui des forêts, denses, vivantes, traversées jadis par les hommes du charbon, et aujourd’hui par nous, marcheurs et curieux.
C’est un chemin boisé que je vous invite à fouler ensemble aujourd’hui, entre sous-bois frais, clairières silencieuses, anciennes charbonnières, et points de vue discrets. Un itinéraire testé, retesté, peaufiné jusqu’à trouver ce tracé à la fois accessible, varié et porteur d’histoire.
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Distance | 12,3 km (boucle modifiable entre 8 et 15 km selon variantes) |
| Dénivelé positif total | +230 m environ |
| Durée estimée | 3h30 à 4h30 selon le rythme et les pauses |
| Difficulté | Moyenne ; aucun passage technique, mais quelques montées soutenues dans les bois et chemins caillouteux à la descente |
| Balisage | Balises jaunes (boucle départementale), quelques croix rouges pour variantes, repères locaux rénovés par des bénévoles en 2023 (Source : Fédération Française de Randonnée Pédestre 47) |
| Départ conseillé | Parking de l’église Saint-Pierre-ès-Liens de Montayral |
| Saisonnalité | Toute l’année (éviter après de longues pluies : passages boueux et racines glissantes) |
L’accès depuis Fumel est direct (5 minutes en voiture, parking gratuit près de l’église et du cimetière). Une fontaine d’eau potable et un banc à l’ombre accueillent les promeneurs au point de départ.
Le début du sentier respire la douceur des lieux tôt le matin. J’aime cette entrée en matière, lorsque les premières pentes à quitter les maisons font peu à peu place à la forêt. Ici, la lumière file entre les feuilles du printemps, en patchwork sur les fougères déjà hautes, et les oiseaux du matin rivalisent avec un geai querelleur. Sur les cinq cents premiers mètres, la sente épouse la forme d’un ancien chemin d’exploitation aux bords tapissés de pervenches et de violettes dès mars.
Lorsque le chemin monte franchement vers le Bois des Châtaigniers, on distingue encore, à ceux qui savent lire le paysage, les vestiges de l’activité charbonnière. Entre le XIXe et le début du XXe siècle, Montayral accueillait en saison plusieurs familles de « charbonniers », installant ici leurs meules de bois (charbonnières) pour produire le précieux charbon alimentant forges et foyers jusqu’à Fumel, parfois Agen (source : Archives départementales du Lot-et-Garonne, fonds charbonniers, 1850-1920).
Le sentier serpente alors, en courbe de niveau, à travers une dense chênaie mêlée de charmes, frênes et, plus rare ici mais caractéristiques des usages anciens, des châtaigniers sculptés par le recépage (technique traditionnelle d’exploitation, voir aussi ONF).
Vers le km 4, une trouée s’ouvre à main gauche sur la vallée du Lot. Par temps clair, la brume matinale laisse place à un large horizon, où Montayral n’est plus qu’un îlot suspendu entre forêts et rivière. On entend au loin la cloche assourdie du village, témoin des heures lentes qui rythment la vie rurale.
Après ce point de vue, le circuit plonge successivement dans deux cuvettes humides où le sentier devient plus intime. La lumière s’y fait rare, les pas s’enfoncent parfois dans une herbe épaisse, et quelques tronçons témoignent de l’humidité persistante (prévoir des chaussures imperméables par temps de pluie). Les enfants aiment y guetter tritons et salamandres, plus visibles ici qu’ailleurs dans le coin.
À mi-parcours, au détour d’un chemin large, un mince filet d’eau sourd de la roche : la source de la Borie. Certaines années, elle se réduit à quelques flaques, mais au printemps, elle nourrit tout un microcosme : traces de cerf, empreintes de renard, fouilles de sangliers, et parfois, en silence sur la berge, une couleuvre à collier.
À noter : il s’agit de l’une des anciennes sources utilisées jadis par les charbonniers, qui y buvaient ou rafraîchissaient la cendre avant transport.
Randonner sur les sentiers boisés de Montayral, c’est entrer en résonance avec plusieurs couches d’histoire naturelle et humaine. Loin d’être simplement un « poumon vert », cette forêt témoigne de la capacité des paysages agricoles à conserver, dans des coins un peu oubliés, la mémoire des usages passés. L’itinéraire relie, sans en avoir l’air, travail forestier, migration paysanne, cycles du végétal et retour de la vie sauvage.
Même si le balisage ou l’accès sont ponctuellement refaits ou discutés en local, chaque passage renouvelle ce lien discret entre l’homme, la forêt et le sol. C’est à la fois une échappée pour se ressourcer et un laboratoire de transmission.
Ce sentier, je l’accompagne souvent, par tous les temps, en solo ou en petit groupe. Il m’a appris que la forêt de Montayral, loin d’être un simple décor, est une compagne de route, un livre ouvert sur la patience des années et l’inventivité des hommes. La marche ici n'est jamais tout à fait la même ; à chaque passage, une lisière change, un oiseau surgit, une lumière nouvelle éclaire la trace familière.
Marchons ensemble sur ces sentiers de charbonnières, prêtons l’oreille à ce qui susurre sous les feuilles, laissons au paysage le soin de nous offrir ses histoires – flagrantes ou discrètes. Que ces chemins inspirent vos prochaines aventures, tout proches, mais pleins de promesses renouvelées.
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