Itinéraire détaillé : sur la trace des bastions et remparts disparus
1. Départ : Place Lafayette, cœur battant d’une bastide fortifiée
La randonnée commence sous les arcades colorées de la place Lafayette. Autrefois, elle accueillait le cœur noble de la ville neuve (d’où son nom), créée en 1254 par Alphonse de Poitiers, frère de Saint-Louis. Premier détail à repérer : la géométrie parfaite de la place, typique des bastides du Sud-Ouest, pensée d’emblée pour se barricader si nécessaire (source : Conseil Départemental 47).
- Repérage d’anciennes entrées de halles et des écussons gravés, souvenirs des corporations médiévales.
- Bruit matinal du marché – comme s’il couvrait encore, par son agitation, les récits guerriers d’autrefois…
2. La rue des Girondins : là où le rempart affleure encore sous la vie moderne
En longeant la rue des Girondins (bord oriental de la vieille ville), devinez – sous les façades remaniées – l’ancien tracé du rempart. Quelques pierres d’assise sont visibles, en bas des murs, et de petites plaques discrètes signalent ici ou là l’emplacement d’un “bastion” ou d’une “porte” abattus au XIXe siècle, avec l’essor urbain.
- Arrêtez-vous rue du Rempart : le nom n’est pas fortuit, l’alignement rectiligne marque l’ancienne enceinte.
- Sur la droite, le bastion dit “Saint-Pierre” gardait jadis l’accès au nord, aujourd’hui effacé sauf dans la mémoire des vieux plans (PNC Nouvelle-Aquitaine).
3. L’eau comme protection : du Lot aux fossés oubliés
En descendant vers les quais, observez la façon dont la ville s’appuie sur la rivière pour renforcer sa défense. Le Lot servait de fossé naturel, limitant l’accès et protégeant l’est de la cité. Il reste encore, au ras de l’eau, quelques pierres de vieilles poternes murées.
- Le Pont Vieux – bâti entre 1289 et 1330 – constituait un maillon crucial des défenses (7 arches d’origine, dont certaines retravaillées au XIXe siècle).
- Le barrage aval – silencieux, presque enfoui sous la végétation – marque le début de la balade “hors-les-murs”.
Sensation rare : En hiver, quand le Lot monte, entendre le clapotis sourd contre les pierres, imaginer les archers surveillant la rive opposée, cela donne un frisson d’histoire.
4. Les bastions disparus et leurs traces : indices, légendes et bribes de mémoire
- Bastion de Paris : Vers la route d’Agen, localisez dans l’alignement d’un garage moderne la légère avancée où se dressait ce bastion au XIVe siècle – aujourd’hui, rien ne l’indique sinon le renflement du trottoir et le souvenir d’une “Bastide aux cinq bastions”, titre donné à Villeneuve autrefois.
- Bastion Fumel : Vestige plus évident, sa base réutilisée en mur de clôture, dans un alignement de jardins ouvriers côté nord-ouest.
Rares sont ceux qui savent qu’au total, Villeneuve-sur-Lot comptait 6 bastions principaux et au moins 3 portes fortifiées, selon l’archéologue Bernard Maury (source : Bulletin Monumental). La plupart ont été démantelés au fil du XIXe siècle, pour “aérer” la ville et faciliter la circulation, alors que la guerre semblait reléguée au passé.
- Locaux et passionnés collectionnent parfois encore des fragments de boulets en pierre retrouvés lors de travaux de voirie.
- Légende persistante d’un souterrain reliant le bastion Fumel au Lot, jamais attestée mais souvent racontée…
5. Boucler la boucle : par les venelles du sud, entre patrimoine caché et jardins secrets
La randonnée se glisse à présent dans de petites ruelles, au sud de la vieille ville. Ici, entre hauts murs et minces couloirs de pierre, la topographie révèle l’emplacement de l’ancienne “barbacane” – pré-ouvrage défensif peu visible aujourd’hui, mais dont la courbe du bâti suit fidèlement le tracé.
- Jardin de l’Evéché : espace vert paisible, propice à la pause, ancienne zone tampon avant le rempart intérieur.
- Porte de Pujols : dernier vestige marquant d’un accès fortifié. L’arcade ogivale, encore en place, impressionne par sa simplicité massive.