Marcher entre forêt de la Matte et zones alluviales : repères, expérience et guide d’itinéraire
La forêt de la Matte, lovée dans le sud du Lot-et-Garonne, est l’un de ces petits boisements où les pas résonnent autrement lorsque l’on prend...
Rando Lot & Garonne Aventure
Marcher sur la boucle du coteau de l’Ermitage, c’est accepter de ralentir pour mieux voir. C’est aussi s’offrir une parenthèse au cœur d’un paysage qui a mis des siècles à se façonner, à mi-chemin entre Lot-et-Garonne et ciel immense. On y croise à la fois la sente de la nature sauvage et l’empreinte ténue du patrimoine rural : ici une ancienne borne, là un fragment de chapelle oublié par le temps. C’est un itinéraire que je conseille à celles et ceux qui veulent observer la vallée de la Garonne autrement, avec des passages où la lumière joue dans les feuillages, et des points de vue que peu connaissent.
Avant de partir, quelques éléments méritent qu’on s’y arrête. La boucle fait environ 9,2 km (selon la trace GPX officielle du Conseil départemental), avec un dénivelé positif cumulé d’environ 210 mètres. Si l’on marche à un pas doux et naturel, en prenant le temps de flâner, la randonnée prendra autour de 2h30 à 3h. Elle peut pourtant se prolonger si, comme souvent ici, on se laisse capter par un panorama ou par la brève apparition d’un chevreuil.
Le parcours est accessible dès le mois de mars, mais révèle toute sa beauté entre mai et octobre, lorsque coteaux, friches et chênaies offrent leurs couleurs franches. Attention, après de fortes pluies, les descentes peuvent devenir glissantes (pensez au bâton de marche). L’Ermitage n’est pas un circuit à fort engagement technique, mais il garde un petit caractère sauvage, loin de la promenade d’allée urbaine.
Dès les premiers mètres, un silence tombé du coteau enveloppe la marche. Après avoir laissé derrière soi les premiers vergers de noisetiers, le sentier s’élève doucement parmi les pois chiches, les buissons de genêt et la frange de quelques vieux châtaigniers. J’aime ce passage matinal : la lumière rasante se faufile entre les troncs, parfois la brume enroule la vallée et laisse apparaître le clocher de Clairac en contrebas. Sur la droite, par temps clair, la courbe majestueuse de la Garonne se dévoile – tableau changeant où dominent les verts tendres du printemps ou les ors puissants d’octobre.
Arrivant sur la crête, on pénètre dans une zone plus ouverte. Ici, c’est la Garonne qui guide, sinueuse et généreuse en contrebas – un ruban qui déroule l’histoire agricole du département : maïs, vergers de pruniers, jardins maraîchers. À la belle saison, le chant des alouettes accompagne la marche, parfois interrompu par l’aigre cri d’une buse variable surveillant son territoire (connu pour nicher dans les vieux arbres du plateau, selon LPO Lot-et-Garonne).
C’est également sur cette portion que se cache le vestige de la chapelle de l’Ermitage — simple muret de pierres grises, presque invisible dans la verdure en été, mais repérable à son petit banc de bois où l’on peut s’arrêter (je recommande d’y faire une pause collation ou carnet de notes).
La descente aborde un vieux chemin creux, autrefois emprunté par les muletiers. On y reconnait encore, çà et là, de petits enclos de pierres entremêlés de mousse, témoins muets d’un passé rural où la terre avait valeur de survie. Parfois, la sente disparaît brièvement entre les ronces — prudence, certains endroits sont étroits et le sol peut être friable.
En bas, la Garonne se rapproche. Ici, l’atmosphère change. On marche entre frênes têtards, saules, vieux peupliers dont les troncs tordus rappellent les inondations passées (la crue de 2014 a laissé des traces visibles sur les troncs, selon le SMAAG — Syndicat Mixte d’Aménagement de la Garonne). Profitez de ce passage pour observer les grèbes et martin-pêcheurs qui animent les méandres. Souvent, c’est là que la fraîcheur de la rivière remonte dans l’air du sentier.
Le chemin remonte en longeant les berges, traverse ensuite quelques petites routes agricoles et rejoint la lisière de serres et prairies (pruniers d’Ente, source : INRAE, station de Montpezat). C’est un passage à la fois apaisant et gourmand : on devine parfois les effluves de fenouil sauvage, et en septembre, celle des prunes mûres. De petits calvaires ponctuent le chemin, souvent ornés de bouquets secs offerts par les habitants.
Avant de clore la boucle, une dernière montée ramène à l’Ermitage – courte mais un peu raide, n’hésitez pas à ralentir et savourer la vue. En arrivant, la lumière du soir vient souvent colorer la vallée d’un or doux, fermeture idéale pour cette randonnée.
Pour celles et ceux qui ont envie d’allonger la randonnée (ou de la vivre plusieurs fois avec une nouvelle lecture à chaque passage), je glisse ici quelques variantes testées :
L’Ermitage domine Clairac comme un discret promontoire. Ici, on sent encore flotter l’esprit des anciens ermites qui, au Moyen Âge, venaient chercher silence et solitude en surplombant la Garonne. Jusqu’au début du XIXe siècle, la chapelle accueillait parfois les pèlerins en route vers Compostelle (source : Archives départementales 47, Liasse 378). Le coteau, autrefois couvert de vignes (jusqu’à la crise du phylloxéra), a été progressivement reconquis par le bois, les vergers et les prairies.
Ce territoire, marqué par le travail de l’eau et de la main humaine, a toujours fonctionné sur un équilibre fragile entre culture maraîchère et nature sauvage. Quand je l’arpente, j’essaye d’imaginer la vie quotidienne des familles paysannes à la fin du XIXe siècle. À cette époque, la Garonne n’était pas seulement une voie de navigation, mais la source même de la fertilité locale. Les grandes crues, dont celle – historique – de 1875, ont façonné l’organisation et la mémoire du village.
La boucle du coteau de l’Ermitage n’est pas qu’un itinéraire de plus. C’est un chemin qui offre le luxe de la lenteur, qui rappelle l’importance de l’observation, et qui invite à se laisser surprendre par la mosaïque subtile du Lot-et-Garonne. Après tant d’années de marche, c’est ce genre d’endroit que j’aime partager « en vrai » : des sentes parfois oubliées, mais jamais éteintes, qui gardent la mémoire discrète d’une vallée vivante et patiente.
Si jamais, en arpentant cette boucle, une vue ou une odeur vous marque, laissez-vous porter un peu plus loin, au rythme du chemin, sans chercher à tout cadrer. Ce sont souvent ces moments-là qui donnent à la randonnée du sens et que l’on ramène chez soi, bien après le retour au point de départ.
Bonnes marches à tous, et que chaque détour soit une découverte.
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